Il y a bien longtemps de cela, dans l’ancienne Russie des tsars, vivait dans un village proche de la cité de Volvograd une jeune fille nommée Iouliana. Un jour, sa mère, domestique trop pauvre
pour assurer la subsistance de ses deux enfants, la plaça comme servante dans une famille noble. Iouliana, alors âgée seulement de dix ans, dut se plier à la demande maternelle pour permettre à
son frère aîné de poursuivre ses études. Très jeune, Ivan avait montré des dispositions exceptionnelles pour le dessin et malgré leur pauvreté, ses parents l’encouragèrent à persévérer dans cette
voie. Depuis, Ivan était devenu l’espoir de sa famille et l’on rêvait pour lui d’un avenir brillant de peintre. Depuis, les journées de la fillette se passaient tristement, à astiquer les
parquets du château où elle était employée. Le dimanche, ses maîtres, un vieux couple de boyards, l’autorisaient à rentrer voir ses parents. Sa mère, Anna, s’était remariée quelques années plus
tôt avec un pauvre moujik dénommé Andreï qui la traitait avec bienveillance mais qui, à ses yeux, ne pourrait jamais remplacer son père. Ce dernier avait disparu mystérieusement une journée de
printemps, alors qu’elle avait à peine sept ans et son frère onze ans. Depuis, il n’avait plus donné signe de vie. Cette disparition subite avait plongé sa mère dans le désarroi.
Deux fois l’an, au moment de la Nouvelle Année et des semailles, Iouliana rendait visite à sa marraine Zinaïda. Cette femme encore jeune, née au sein d’une famille pauvre, était d’une beauté à
couper le souffle. Ses cheveux blonds comme un rayon de soleil, sagement regroupés en deux longues nattes, ses pommettes hautes, son sourire et sa voix flûtée avaient rendu fou d’amour nombre
d’hommes de sa province. Mais la belle avait repoussé bien des partis, n’acceptant un jour d’être demandée en mariage que par un vieux boyard très riche. C’était il y a quelques années de cela.
On avait fêté cette union par une noce dont parlaient encore parfois les gens du village. Son mari était mort prématurément dans des conditions mystérieuses et depuis la jeune femme portait le
deuil. On disait aussi de sa marraine qu’elle avait des dons de guérisseuse mais la jeune fille n’appréciait guère cette femme. Sous des dehors affables et charitables, dès lors qu’elle se
trouvait seule avec sa filleule, elle devenait dure et méprisante, traitant la fillette guère mieux qu’une domestique. Elle se plaisait à l’humilier. Son visage si beau prenait alors une
expression terrible, sa voix devenue cassante ne rappelait en rien la voix doucereuse qu’elle affectait en société. Ces paroles acerbes et les coups qu’elle lui infligeait effrayaient la petite
Iouliana. Pourtant jamais elle ne parla de ses mauvais traitements à sa mère ou à son frère, tant elle craignait les foudres de sa marraine. De plus, qui l’aurait crue ? Aux yeux de la
famille, Zinaïda était une femme bonne et une excellente marraine pour Iouliana.
(...)
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